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Europe, le retour ?

Author:
Philippe ISNARD
Published:
June 11, 2024

Facialement, les choses vont mieux en zone euro. Au premier trimestre 2024, le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro a augmenté à un taux annualisé de 1,3%, soit un taux de croissance égal à celui des Etats-Unis. Cela annonce-t-il la sortie de la période de marasme économique connue sur les 2 dernières années ?

Cela pourrait être le cas. Les revenus réels des ménages commencent enfin à s’améliorer dans l’ensemble de la zone euro, grâce à la progression de l’emploi, à une solide croissance des salaires et à la baisse de l’inflation après deux années difficiles. Après une longue période de taux d’épargne élevés, le consommateur européen pourrait retrouver le goût à la consommation. Un meilleur pouvoir d’achat, un retour de la confiance et un assouplissement des conditions financières laisseraient présager de bonnes perspectives de croissance à court terme, après les profonds chocs de ces dernières années. Selon les projections macroéconomiques de mars de la BCE, l’inflation devrait passer sous la barre des 2% d’ici la mi-2025.

Pour autant, tout n’est pas encore rose pour l’Europe. Le niveau des investissements est encore inférieur à celui de 2019, ce qui soulève des questions quant à la viabilité de cette reprise de la croissance. Les retombées des troubles géopolitiques actuels, comme la hausse des prix de l’énergie ou le renforcement des barrières douanières, pourraient freiner la croissance en Europe, ce qui a déjà été le cas par le passé. De surcroit, le vieillissement de la population crée des limites à la potentielle croissance économique.

Le pays pour lequel les challenges sont les plus difficiles à relever est l’Allemagne. L’ex locomotive de l’économie européenne a particulièrement souffert finissant par se retrouver comme un des mauvais élèves de la zone euro. Le secteur manufacturier est particulièrement faible, souffrant du choc énergétique et de la forte exposition de l’industrie allemande à la Chine. La structure actuelle du gouvernement allemand n’aide pas à la prise de décisions politiques nationales fortes se traduisant notamment par un retard flagrant dans les infrastructures, ce qui freine le potentiel de croissance.

L’instrument de l’Union européenne pour la relance « NextGeneration EU » va monter en puissance en cette année 2024 et probablement encore en 2025 mais devrait s’essouffler dès 2026. Et l’émission de dette commune au niveau de l’UE qui a été une avancée remarquable, en fournissant aux marchés financiers un actif sûr dont ils avaient tant besoin, ne devrait pas être renouvelé en raison de l’opposition viscérale des pays centraux à ce type de solution.

Enfin, sur les marchés des changes, l’euro devrait subir des pressions à mesure des baisses successives des taux directeurs de la BCE.si de son côté la FED baissait les siens de manière moindre et plus lente…