News

Le numéro d’équilibriste des banques dans la décarbonation

Author:
Philippe ISNARD
Published:
May 27, 2024

Depuis 2021, nombre de banques  se sont engagés à aligner leurs émissions sur l’Accord de Paris en devenant signataire de la Net Zero Banking Alliance (NZAB). Cette coalition rassemble aujourd’hui 144 banques pour près de 41% des actifs bancaires mondiaux et y figurent par exemple BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole, Crédit Mutuel, Banque Postale ou SG pour les françaises mais aussi Bank of America, Caixabank, Citi, Goldman Sachs, ING, JP MorganChase, Morgan Stanley, Nomura… pour les internationales.

A l’origine, cet engagement  ne concernait pas les émissions de gaz à effet de serre directes des banques mais leurs émissions financées, c’est-à-dire les émissions générées par les projets qu’elles financent directement. Puis en 2023, histoire de renforcer sa crédibilité, le NZAB  a intégré l’obligation pour les banques signataires de publier également leurs émissions facilitées et de fixer des objectifs alignés sur 1,5°C. Les émissions facilitées correspondent aux émissions de gaz à effet de serre liées à l’activité d’intermédiaire financier entre les émetteurs à la recherche de capitaux et les investisseurs. Double largesse, dans le cas de cette nouvelle obligation de NZBA, puisque  les membres ont jusqu’au 1er novembre 2025 pour publier leurs chiffres et pourront mélanger les émissions financées et facilitées.

Dans le discours, les banques mettent de plus en plus en avant leurs politiques d’exclusion du financement aux énergies fossiles. Mais il ne faut pas être dupe, derrière celui-ci, la vérité peut être très différente entre les établissements bancaires. Compte tenu du fait que :

  • Les banques n’excluent pas uniformément les énergies fossiles non conventionnelles (hydrocarbures difficiles à exploiter par les méthodes d’extraction conventionnelles et donc plus coûteuses et plus polluantes) comme le pétrole en Arctique ou en eau profonde, le gaz et pétrole de schiste ou les sables bitumineux ;
  • Les banques n’intègrent pas forcément l’entièreté  de leur périmètre d’ activités bancaires ( financement direct, project finance, finance de marché… ) ;
  • Les banques n’intègrent pas forcément l’intégrité  de la chaîne de valeur des secteurs gaziers et pétroliers financée ( certaines excluent les activités de recherche ou de forage, d’autres les activités de distribution ou de transport.

D’après le scénario net zéro de l’Agence Internationale de l’Energie, d’ici à 2030, pour chaque dollar alloué au financement des énergies fossiles, cinq dollars devraient être alloués au financement des énergies propres. Aujourd’hui, en avance par rapport au reste du monde, les banques européennes déclarent se rapprocher d’un ratio de 3 pour 1.

Mais difficile pour autant de se faire une idée tant l’opacité règne en maître !